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Guide composition photo

Logo LSP avec texte sur composition photographique et workshops photo
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 01. INTRODUCTION

Stage de composition photo Lyon — Présentation et approche pédagogique

kaito rimbaud formateur argentique

Kaito

Photographe à l’agence Belcourt, coordinateur de Lyon Sortie Photo. Parcours commencé à l’argentique — une école de rigueur qui impose des connaissances théoriques précises sur la technique et la composition.

portrait de Nicolas Navrot, fondateur et photographe spécialisé dans le suivi de chantiers.

Nicolas

Photographe professionnel, spécialiste de la photo urbaine et de la photographie de prestation (événementiel, corporate, stand-up). Dix ans d’expérience qui ont façonné une approche très personnelle de la composition, notamment autour des lignes, de la lumière et de la hiérarchisation visuelle.

 

Structure de la journée

La matinée est divisée en trois modules théoriques : (1) la biologie du regard — pourquoi notre cerveau réagit comme il le fait face aux images ; (2) l’histoire de la composition — d’où viennent les règles, de la Renaissance au japonisme ; (3) les règles applicables aujourd’hui — comment les utiliser, les adapter, et quand s’en affranchir. L’après-midi est entièrement consacré à la pratique en extérieur dans les rues de Lyon.

Note de Kaito et Nicolas : On te conseille de lire ce guide une première fois d’une traite, puis de revenir sur les sections qui te résonnent le plus avant ta prochaine sortie photo. L’idéal : avoir la checklist SPSE en tête avant de déclencher. Le reste vient avec la pratique.

L’équilibre entre intention photographique et composition — le cœur du sujet

C’est le moment de la journée où on voit les regards changer dans le groupe. Pas parce que c’est compliqué — c’est même probablement le truc le plus simple qu’on dit de toute la journée. Mais parce que ça remet beaucoup de choses en place. La composition, c’est un outil. L’intention, c’est la raison pour laquelle tu prends la photo. Et si t’as pas les deux, t’as une image qui boite.

« En fait, moi j’ai envie de dire qu’il y a deux notions. Il y a l’intention, ce que vous voulez représenter, et la composition. Pour moi, c’est du 50/50 en fonction des situations et de ce que vous voulez faire de l’image surtout. »

— Kaito

Composition parfaite sans intention

  • Techniquement irréprochable
  • Règles des tiers respectées
  • Lignes directrices impeccables
  • …mais rien à dire, rien à ressentir
  • On s’ennuie, on passe à autre chose
VS

Intention forte sans composition

  • Émotion palpable derrière l’image
  • Quelque chose à dire
  • …mais l’émotion ne passe pas
  • On ne sait pas quoi regarder
  • L’intention reste illisible

« Il ne faut pas chercher la composition parfaite à tout prix, au détriment de l’intention que vous voulez mettre dans l’image. Par contre, une photo où il y a 100 % d’intention, mais il n’y a rien en termes de composition, l’émotion ne passe pas. »

— Kaito

Photo de vacances vs photo composée — deux intentions différentes

Un échange nourri avec les participants permet de distinguer deux types de pratique photographique, qui répondent à des besoins différents et s’évaluent selon des critères différents.

La photo souvenir

On enregistre une réalité à un instant donné. Il y a du chaos dans l’image, des infos partout, pas de sujet clairement défini. Ce n’est pas un échec — c’est simplement une intention différente : celle de garder une trace d’un moment vécu. Ces photos ont leur valeur propre.

La photo composée

On réorganise ce qui se passe. On prend le temps d’observer, de trouver le cadrage, de définir le sujet, de structurer les lignes. Ce n’est pas la réalité qu’on enregistre — c’est une interprétation de la réalité, une décision artistique à chaque étape.

Kaito va plus loin sur la question de la mémoire et de la photographie :

« Moi, maintenant, si je veux absolument bien composer une photo et avoir une photo que je garde — là, je prends le temps. Par contre, si c’est juste que le moment est incroyable, je trouve ça super joli, je me sens bien — je ne prends même pas de photo. Juste je me pose, je regarde, et je vais tout faire pour que ça reste en tête. Ça évite la déception de « c’était mieux en vrai ». »

— Kaito

Une participante appuie cette idée avec une donnée scientifique :

« Il a été montré que les gens ont plus de souvenirs de leurs vacances quand ils n’emmènent pas d’appareil photo. Tu te forces à retenir. »

— Audrey, participante

Nicolas conclut sur ce point avec une formule qu’il utilise avec ses clients mariés :

« La photo n’est pas le souvenir, c’est le support du souvenir. En gros, ta photo va te servir à tirer de ta tête le souvenir du moment. »

Comment trouver un sujet dans n’importe quel environnement

Une participante pose une question pratique et récurrente : comment trouver un sujet dans un environnement dense comme une forêt, où tout est beau mais rien ne se détache vraiment ?

« Il y a un truc très facile, c’est mettre un premier plan. Ta forêt, au lieu de venir avec un grand angle comme ça, tu viens mettre au premier plan, ne serait-ce qu’une petite feuille ou un truc. Et là, c’est bon, tu crées quelque chose. »

Kaito complète avec la lumière :

« Si tu arrives à trouver une fuite de lumière sur un arbre, sur une branche, sur peu importe — en fait ton sujet ça devient cet arbre-là, même s’il n’a rien de spécial par rapport aux autres. En fait, si la lumière le rend spécial. »

— Kaito

Méthode pour trouver un sujet

1. Cherche la lumière — ce qu’elle éclaire devient le sujet. 2. Crée un premier plan — même minime, il ancre la scène et crée de la profondeur. 3. Cherche le motif et ce qui le brise — l’élément qui sort de la répétition attire automatiquement l’œil. 4. Prends le temps — au moins 10-15 minutes sur un même endroit. Le cerveau voit d’abord la couche superficielle, puis découvre progressivement des compositions plus subtiles.

La checklist mentale SPSE

En fin de module théorique, Kaito propose une checklist mentale à activer avant chaque déclenchement, résumée en un acronyme (certes imprononçable, comme le reconnaît Nicolas en riant) :

SPSE — Structure, Profondeur, Simplification, Émotion

S — Structure : Comment je structure les différents éléments dans l’image ? Quelles lignes, quels triangles, quelle géométrie ?
P — Profondeur : Quels plans est-ce que j’inclus ? Premier plan, second plan, arrière-plan ? Comment je crée la sensation de volume ?
S — Simplification : Qu’est-ce que je peux enlever ? Tout ce qui est superflu et ne sert pas le sujet principal doit disparaître.
E — Émotion : Qu’est-ce que je veux retranscrire par cette image ? Quelle est mon intention ? Est-ce que la composition sert cette intention ?

  • Définir le sujet principal avant de déclencher
  • Identifier les lignes directrices disponibles dans le cadre
  • Éliminer visuellement tout ce qui est superflu
  • Inclure au moins un premier plan si possible
  • Vérifier que la marge autour du sujet est équilibrée
  • Se demander : quelle émotion je veux transmettre ?
  • Prendre le temps d’observer l’environnement avant de déclencher

Exercice de composition — exploiter le plein potentiel d’un sujet

Avant la sortie en extérieur, un exercice d’intérieur est proposé : photographier une simple tasse sous quatre angles au minimum, en produisant des compositions radicalement différentes. L’objet est fixe, la lumière est fixe. Seul le photographe bouge.

Support pédagogique montrant quatre cadrage différents d'une tasse, démonstration technique de composition photographique

« L’idée, c’est d’exploiter au maximum un sujet dans un cadre avec une lumière qui est fixe, et de réussir à faire plusieurs compositions avec le même sujet, mais des compositions qui paraissent différentes en soi. Ce qui fait que si vous me faites dix photos avec le même angle, ça compte pas. »

— Kaito

Pourquoi cet exercice est fondateur

Photographier le même sujet sous des angles différents oblige à visualiser les compositions avant de déclencher. C’est la compétence clé du photographe : voir l’image avant qu’elle existe. Changer de focale, se coucher par terre, se rapprocher jusqu’à ne plus montrer l’objet entier, inclure son contexte en reculant… chaque mouvement produit une image différente avec le même sujet. C’est aussi un excellent entraînement à passer du mode « enregistrement » au mode « composition ».

Astuce : Tu n’es pas obligé de montrer le sujet en entier pour qu’on le reconnaisse. Un détail, une texture, une partie seulement de l’objet — le cerveau (loi de la Gestalt, fermeture) complétera l’information manquante. Ce principe de soustraction à l’extrême est l’un des outils les plus puissants du minimalisme photographique.

À refaire chez toi : Reprends cet exercice de la tasse une fois par semaine avec n’importe quel objet du quotidien — une chaise, une paire de lunettes, un verre. Dix minutes, un sujet, quatre compositions radicalement différentes. C’est court, c’est faisable, et c’est l’un des entraînements les plus efficaces qu’on connaisse pour développer l’œil. On le fait nous-mêmes encore aujourd’hui.

Sortie photo à Lyon — pratique terrain et feedback en direct

L’après-midi, c’est le moment qu’on préfère. Parce que la théorie, c’est bien — mais c’est sur le terrain que les choses se fixent vraiment. On a vu des participants qui avaient du mal à retenir la règle des tiers le matin déclencher avec une intention claire et une lecture des lignes impeccable en fin d’après-midi. C’est ça, la magie de la pratique immédiate après la théorie. Le groupe part de Bellecour, passe par le Vieux-Lyon et rejoint les quais de Saône. On intervient en direct sur les cadrages, on commente les images au fur et à mesure — pas pour juger, pour faire progresser.

Premier arrêt — place Bellecour et la statue de Saint-Exupéry

Pascal montre une de ses photos prise au niveau de la statue de Saint-Exupéry. L’intention est là, belle et claire. Mais le cadrage ne la sert pas encore complètement.

« On s’est rendu compte qu’il fallait vraiment prendre le temps de regarder, d’observer sous tous les angles son sujet. Pour trouver un cadrage qui correspond. Et au final, en bougeant, on a pris un peu plus de recul, on s’est recentré et on a regardé un peu mieux les lignes directrices. On a trouvé un cadrage qui était vachement mieux. »

— Kaito

Statue Saint-Exupéry — Bellecour, Lyon 2e

La statue de Saint-Exupéry sur la place Bellecour est un spot souvent photographié mais rarement bien exploité. L’exercice : trouver l’angle qui met en valeur les lignes directrices naturelles de la place, utiliser le dégagement de Bellecour comme espace négatif, jouer avec la contre-plongée pour donner de la puissance au sujet. Le recul et le recentrage sont souvent la clé.

Vers les quais de Saône — espace négatif et minimalisme

Le groupe se dirige vers les quais de Saône pour travailler sur l’espace négatif avec le ciel comme sujet principal. Kaito explique le choix de ce spot :

« L’avantage, c’est que si on se met de l’autre côté, on peut avoir même la colline de Fourvière en fonction du cadrage et on va avoir plus de ciel que d’architecture. »

— Kaito

Quais de Saône — Lyon 2e et 5e

Les quais de Saône offrent des conditions idéales pour travailler l’espace négatif et le minimalisme urbain. Ciel blanc ou nuageux comme plan vierge, silhouettes des bâtiments du Vieux-Lyon en contre-jour, cormorans posés sur les berges pour travailler les motifs et leur rupture. En se plaçant rive gauche, on a la colline de Fourvière et la basilique Notre-Dame qui peuvent venir ponctuer l’espace négatif d’un sujet fort en arrière-plan.

Astuce minimalisme aux quais : Pour obtenir un minimalisme fort avec les cormorans ou tout autre sujet sur fond de ciel, surexpose volontairement l’image pour faire « brûler » le fond en blanc pur. Il ne restera plus que la silhouette du sujet sur un espace vide. C’est le principe du Yohaku no bi japonais — la beauté de la zone blanche. En post-production, quelques ajustements sur les hautes lumières et l’exposition permettent d’accentuer encore cet effet.

Feedback terrain — posture, cadrage et lignes au sol

Plusieurs participants travaillent sur des compositions intégrant les lignes au sol des quais. Kaito insiste sur l’importance de la hauteur de prise de vue :

Important : Ne jamais hésiter à changer radicalement de hauteur de prise de vue. Se coucher au sol, monter sur un muret, se mettre en contre-plongée ou en plongée — chaque centimètre de déplacement vertical change les lignes de l’image. C’est souvent là, dans ce petit effort physique que peu de gens font, que se cachent les meilleures compositions.

Street art à Lyon — un terrain de composition graphique

Lyon est l’une des villes les plus riches en street art de France. Les murs peints du cours Gambetta, les fresques de la Croix-Rousse, les interventions dans les traboules et sur les berges constituent un terrain de jeu photographique exceptionnel. Les œuvres graphiques  avec leurs aplats de couleurs, leurs lignes nettes et leurs compositions épurées  sont des sujets idéaux pour travailler la symétrie, le cadre dans le cadre et le contraste de couleurs.

 

Notre conseil pour la suite : Reprends les photos que tu as faites cet après-midi. Pour chacune, demande-toi : est-ce que j’avais une intention claire en déclenchant ? Est-ce que la composition sert cette intention ? Qu’est-ce que j’aurais enlevé du cadre ? Cette analyse a posteriori est aussi formatrice que la prise de vue elle-même.

Comment progresser en composition photographique — pratique, erreurs et culture visuelle

On va être honnêtes avec vous : une journée de stage, ça pose des bases. Ça ouvre des portes. Mais ça ne fait pas de vous des compositeurs confirmés du jour au lendemain — et ce serait vous mentir que de prétendre le contraire. La vraie progression, elle se construit dans la durée, par la répétition et par l’échec. Et c’est une bonne nouvelle, parce que ça veut dire que vous avez déjà tout ce qu’il faut pour avancer.

« Avoir des notions, c’est bien, mais ce qui est hyper important, c’est de continuer à pratiquer et à échouer. Échouer, hyper important. Je vous souhaite d’échouer. Parce que si on n’échoue pas, on n’apprend rien, on n’avance pas. »

— Kaito

Développer sa culture visuelle

Au-delà de la pratique terrain, la progression passe par un travail actif d’enrichissement de sa culture visuelle. Ce n’est pas du travail supplémentaire — c’est juste apprendre à regarder différemment ce que tu regardes déjà. Les recommandations de la journée :

  • Aller voir des expositions de photographie, de peinture, d’arts graphiques
  • Mettre pause sur les films et séries pour analyser les cadrages
  • Observer les affiches, les publicités, les interfaces numériques avec un œil de compositeur
  • S’intéresser aux grands maîtres de la peinture (Rembrandt, Vinci, Hokusai, Toulouse-Lautrec)
  • Découvrir les photographes asiatiques (Fan Ho notamment) pour comprendre le vide et le minimalisme
  • Étudier les réalisateurs à forte identité visuelle (Wes Anderson, Kubrick) en analysant leurs cadrages
  • Participer régulièrement aux sorties Lyon Sortie Photo pour pratiquer en groupe et recevoir des retours

Astuce : Pour développer rapidement sa conscience compositionnelle, pratique l’exercice de la tasse régulièrement avec n’importe quel objet du quotidien. Dix minutes, un sujet, quatre compositions radicalement différentes. C’est un entraînement à la visualisation qui se transfère directement sur le terrain.

Construire une série cohérente

Kaito termine sur la notion de série photographique, un niveau au-delà de la belle photo isolée :

« C’est plus simple de créer une série qui s’articule sur un ressenti, plutôt que de créer une série homogène sur plusieurs ressentis. Ce qui est hyper important, c’est d’unifier le tout et de rendre le tout homogène. Parce que sinon, ce n’est plus une série, c’est des belles photos par-ci par-là, mais il n’y a plus d’homogénéité. »

— Kaito

Important : Une belle photo isolée et une série cohérente sont deux objectifs différents qui demandent des approches différentes. Pour une série, chaque image doit répondre à une intention commune — un ressenti, un thème, une palette colorimétrique, une logique de composition récurrente. Ce n’est pas simplement un album de « jolies photos ».

Ce qu’on te conseille de faire dès cette semaine

Ne laisse pas passer trop de temps avant de remettre en pratique ce qu’on a vu ensemble. Le cerveau consolide les apprentissages dans les 48 à 72 heures qui suivent. Sors avec ton appareil, choisis un seul outil parmi ceux de la journée — l’espace négatif, les lignes directrices, le cadre dans le cadre — et travaille uniquement celui-là pendant toute une sortie. La focalisation sur un seul outil à la fois est bien plus efficace que d’essayer d’appliquer tout SPSE d’un coup dès le départ.

Questions fréquentes sur la composition photographique

Ces questions sont issues des échanges réels de la journée de stage. Elles reflètent les doutes et blocages les plus fréquents chez les photographes en progression. Si tu te retrouves dans l’une d’elles — c’est normal, tout le monde est passé par là.

Faut-il toujours suivre la règle des tiers ?

Non — et c’est précisément ce que la journée cherche à transmettre. La règle des tiers est un pilier de départ, pas une loi absolue. Elle fonctionne parce qu’elle place les sujets sur des points de force naturellement attractifs pour l’œil. Mais une composition centrée et symétrique (à la Wes Anderson) peut être tout aussi forte si elle est intentionnelle. Un horizon placé très haut ou très bas (héritage du minimalisme japonais) peut produire des images puissantes qui transgressent complètement la règle des tiers. La clé : savoir pourquoi tu t’en écartes.

Comment savoir si mon image est bien composée ?

Il y a plusieurs indicateurs fiables. D’abord, la lisibilité instantanée : quand quelqu’un regarde ton image, sait-il immédiatement quel est le sujet ? Si on doit chercher ou expliquer, c’est souvent que la composition ne guide pas assez. Ensuite, la respiration : est-ce que l’image respire, ou est-ce qu’elle semble trop serrée, trop chargée ? Enfin, l’émotion : est-ce que quelque chose se dégage de l’image sans qu’on ait besoin de la commenter ? Une bonne composition transmet une intention sans mode d’emploi.

Est-ce que recadrer en post-production, c’est tricher ?

Non — mais c’est moins satisfaisant et moins formateur que de bien cadrer dès la prise de vue. Nicolas formule une règle pratique : calculer le ratio investissement/rendu. Si tu passes une heure à recadrer et retoucher une photo qui sera vendue ou imprimée en grand format, ça vaut le coup. Si c’est pour une photo de famille qui ira sur les réseaux, peut-être pas. L’objectif à terme : viser juste au déclenchement. C’est ça qui développe l’œil. Et comme le dit Kaito : « Il vaut mieux trop large que trop court — trop court, c’est mort. »

Comment trouver un sujet dans un paysage naturel sans point focal évident ?

Deux solutions complémentaires. Première option : créer un premier plan. Même une feuille, un caillou, une branche au premier plan ancre la scène et crée de la profondeur — le spectateur a un point d’entrée dans l’image. Deuxième option : chercher la lumière. Si une fuite de lumière tombe sur un arbre particulier, cet arbre devient automatiquement le sujet, même s’il n’a rien de spécial en lui-même. La lumière fait le travail de sélection à ta place. Et surtout : prends le temps. Reste 10-15 minutes dans le même endroit. Le cerveau voit d’abord la couche superficielle, puis découvre progressivement des compositions plus subtiles.

Dois-je montrer mon sujet en entier pour qu’on le comprenne ?

Absolument pas. C’est l’une des libertés les plus puissantes de la composition photographique. Le cerveau, grâce à la loi de fermeture de la Gestalt, complète automatiquement ce qui manque. Une tasse photographiée à moitié, on sait que c’est une tasse. Une silhouette dont on ne voit que les jambes, on comprend qu’il y a une personne. Montrer une partie seulement d’un sujet peut même être plus fort que de tout montrer — ça laisse de l’espace à l’imagination, ça crée de la tension visuelle, ça suggère ce qui existe hors cadre.

Comment utiliser le bokeh pour améliorer ses compositions ?

Le bokeh n’est pas qu’un effet esthétique — c’est un outil de composition à part entière. En ouvrant le diaphragme (faible valeur f/), tu détaches ton sujet du fond en le rendant net sur un arrière-plan flou. Tu supprimes ainsi les lignes parasites du fond, tu réduis la charge cognitive de l’image, et tu guides l’attention exactement là où tu le souhaites. Pour commencer, un 50 mm f/1.8 est l’investissement minimal (environ 100€) qui te donnera accès à cet outil. Attention : une grande ouverture ne remplace pas une bonne composition — elle la facilite en simplifiant le fond.

Quelle est la différence entre espace négatif et fond vide ?

L’intention. Un fond vide, c’est quand on n’a pas su quoi faire du reste de l’image — ça ne sert à rien et ça ne contribue pas à l’image. Un espace négatif, c’est un vide intentionnel qui équilibre le sujet, crée de la respiration, laisse l’imaginaire travailler, et pèse visuellement autant que le sujet lui-même. C’est la différence entre un silence musical calculé et un blanc gêné dans une conversation. Le premier est un outil. Le second est une absence de solution.

À quel moment peut-on s’affranchir des règles de composition ?

Dès lors que tu les connais suffisamment pour savoir exactement ce que tu transgresses — et pourquoi. Les règles existent parce qu’elles correspondent à des mécanismes biologiques du cerveau. S’en écarter, c’est créer une friction intentionnelle, une surprise visuelle, une tension. C’est légitime et puissant si c’est au service de l’intention. C’est juste du hasard si tu ne sais pas ce que tu fais. Comme le dit Nicolas : « C’est l’intention que vous voulez mettre qui justifie le fait de ne pas suivre les règles parfaitement. »

Comment progresser plus vite en composition ?

Trois leviers principaux. La pratique répétée avec feedback : sortir régulièrement, faire des erreurs, analyser pourquoi ça ne fonctionne pas, recommencer. Les sorties Lyon Sortie Photo sont idéales pour ça — on pratique en groupe avec des retours en direct. L’analyse active des images : mettre pause sur les films, analyser les affiches, décortiquer les photos qui t’attirent pour comprendre pourquoi. La culture visuelle : expositions, grands maîtres de la peinture, photographes de référence. Le cerveau accumule inconsciemment ces références et les reproduit ensuite naturellement.

Récapitulatif du stage — les points clés à retenir pour composer ses photos

On arrive au bout. Une journée dense, et on sait que ça fait beaucoup d’un coup. Ce récapitulatif, c’est ce qu’on veut que tu gardes. Pas besoin de tout mémoriser dès maintenant — reviens-y avant chaque sortie, relis une section quand tu bloques sur quelque chose. C’est fait pour ça.

La composition, c’est d’abord une réponse biologique

Avant d’être une affaire de règles ou d’esthétique, la composition répond à des mécanismes neurologiques précis. Le cerveau traite les images 60 000 fois plus vite que le texte, fuit le désordre visuel, cherche instinctivement un sujet détachable du fond, complète ce qui manque, et libère de la dopamine face à une image harmonieuse. Composer, c’est travailler avec le cerveau du spectateur, pas contre lui.

Épurer, toujours épurer

En photo, contrairement à la peinture, on part d’une scène chargée. Le travail du photographe, c’est de soustraire — enlever tout ce qui ne sert pas le sujet. Au cadrage d’abord, en post-production ensuite si nécessaire. « Less is more » n’est pas un slogan vide : c’est une réponse directe au fonctionnement du cerveau humain.

Les règles sont des piliers, pas des cages

Règle des tiers, lignes directrices, triangles, courbe en S, espace négatif, cadre dans le cadre — ces outils ont traversé des siècles parce qu’ils correspondent à des réalités perceptives profondes. Apprenez-les pour mieux vous en affranchir. Une transgression intentionnelle est un choix artistique fort. Une transgression par ignorance est juste une erreur.

L’intention et la composition à 50/50

Une belle composition sans intention, c’est une image froide. Une intention forte sans composition, c’est une émotion qui ne passe pas. L’équilibre entre les deux — trouver la forme qui sert le fond — c’est le cœur du travail photographique.

  • Le cerveau traite l’image avant le texte — la composition travaille en amont de la conscience
  • Épurer est plus difficile qu’ajouter — et infiniment plus efficace
  • Gestalt : figure/fond, motif/rupture, suggestion — trois lois pour des images immédiatement lisibles
  • Le sens des lignes transmet des émotions : horizontal = calme, vertical = puissance, diagonal = mouvement
  • La Renaissance nous a donné la perspective et les triangles (Alberti, Vinci)
  • Le Baroque nous a donné le mouvement et le clair-obscur (Rembrandt)
  • Le japonisme nous a donné le vide utile et le minimalisme (le ma, Fan Ho)
  • SPSE : Structure, Profondeur, Simplification, Émotion — la checklist avant chaque déclenchement
  • Prendre le temps d’observer avant de déclencher : au moins 10-15 minutes sur un même lieu
  • Échouer est nécessaire — c’est le moteur de la progression

« Ce qui est important surtout, c’est de montrer ce que vous avez voulu montrer, pas d’expliquer. C’est comme quand on explique une blague, c’est plus drôle du tout. Si on est obligé d’expliquer une photo pour que les gens comprennent, on perd tout l’intérêt de la photo. »

— Kaito, Lyon Sortie Photo

Un dernier mot de Kaito et Nicolas : Merci d’avoir passé cette journée avec nous. On espère que vous repartez avec plus de questions que de réponses parce que c’est ça qui pousse à aller chercher, à pratiquer, à progresser !

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Ned Photographie

23 Rue du Plat, 69002 Lyon

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